🗳️ Municipales : La CGT dégaine, les candidat·es interpellé·es sur 10 thématiques fortes


En prévision des élections municipales des 15 et 22 mars, la CGT a présenté les mesures qu’elle défend dans sa lettre ouverte aux candidat·es. Services publics, logement, transports… toutes les principales préoccupations des habitant·es ont été couvertes, sans oublier la lutte nécessaire contre une extrême droite plus que jamais en embuscade.

« Il est indispensable pour notre organisation, la CGT, attachée à des valeurs d’égalité, de solidarité, de porter nos propositions pour la réponse aux besoins sociaux en interpellant les futur·es candidat·es aux élections municipales. » Le 6 février dernier, la CGT a présenté à la presse les propositions qu’elle défend pour des politiques publiques à la hauteur des besoins en proximité. Au programme : 10 thématiques propres aux prérogatives des maires, réunies dans une lettre ouverte transmise au futur·es candidates par les biais des organisations en territoires.

Développer les services publics pour permettre aux agent·es de remplir leurs missions

Près de 2 millions d’agent·es mettent en œuvre les politiques publiques décidées par celles et ceux qui seront élu·es le 22 mars au soir. Elles et ils doivent faire face à des politiques d’austérité qui les privent des moyens nécessaires à l’exercices de leurs missions : 5,3 milliards d’euros d’efforts demandés toutes collectivités confondues. Le statut de fonctionnaire subit également de fortes attaques : « Il y a 35 % d’agent·es contractuel·les dans les municipalités » dénombre Sylvain Vallat, membre du bureau de la fédération CGT des services publics. « Autant de variables d’ajustement et de conséquences en termes d’efficacité des services publics. »

Au contraire de cette véritable destruction de ce qui fait socle commun, la CGT défend le maintien et le développement des services publics de proximité, avec la préservation et l’amélioration du statut des fonctionnaire, la titularisation des personnels pouvant y prétendre et le refus des logiques d’externalisation et de sous-traitance.

Des critères sociaux et environnementaux dans les marchés publics


La commande publique est un levier majeur des municipalités. « Elle pèse à la fois sur l’emploi, les salaires, la qualité des services, comme sur l’environnement » précise Nathalie Bazire, secrétaire confédérale. La CGT demande la mise en place de critères vérifiables : clauses sociales opposables (conventions collectives, salaires, égalité, santé sécurité), exigences environnementales mesurables (carbone, matériaux, déchets, transport) et transparence sur les engagements et leur contrôle. Elle rejette les logiques de sous-traitance et porte la valorisation du « made in France » et des circuits courts.

Une politique de logement qui réponde aux besoins


Préoccupation majeure des travailleur·ses, le logement subit une crise majeure dont souffre près de 15 millions de personnes. Les communes ont un rôle à jouer pour enrayer cette situation : « Il est urgent que les municipalités fassent le choix de respecter strictement la loi SRU en s’engageant dans la production de logement sociaux » défend Nathalie Bazire. « Ça passe par la remobilisation de logements vacants, c’est-à-dire la limitation des résidences de tourisme type AirBnB, qui font la part-belle à la spéculation. » Sur le plan environnemental, la CGT défend également la limitation de l’étalement urbain et la réhabilitation des bâtiments publics – y compris sur le plan énergétique.

Une gestion de l’eau sociale et environnementale


Les municipalités ont de grandes responsabilités par rapport à la gestion de l’eau, mais à l’heure actuelle, il n’y a pas de volonté de faire de l’eau un bien commun : « La gestion de ce service public de l’eau ne répond pas aux attentes, ni aux besoins, ni aux enjeux écologiques actuels » déplore Sylvain Vallat. La CGT défend la création d’un réel service public de gestion de l’eau, transparent, contrôlable et accessible à tou·tes, ainsi qu’une tarification juste et égalitaire quelle que soit la commune.

Un développement et une décarbonation des transports collectifs


Les transports sont un enjeu social et environnemental important, comme l’explique Patrick Rispal, représentant de l’Union interfédérale CGT des transports : « La question des transports doit […] contribuer à la décarbonation sur l’ensemble de sa filière (de la fabrication au recyclage en passant par l’exploitation), elle permet l’accès au travail, à la culture, aux loisirs et elle contribue fortement à l’activité économique du pays. » Son bon fonctionnement nécessite une desserte fine de l’ensemble du territoire, avec un service de proximité et de qualité, une tarification rendant les transports collectifs accessibles à tou·tes et des espaces de contrôle et de débat démocratique sur les questions de transport.

Une éducation inclusive et publique


Les municipalités ont un certain nombre de prérogatives qui touchent directement le domaine de l’éducation. Isabelle Vuillet, secrétaire générale de la CGT Éducation, lance trois alertes sur les écoles :sur le maillage territorial, car les écoles en milieu rural risquent d’être fortement impactées par les suppressions de postes d’enseignant·es, avec des fermetures de classes – voire d’établissement. Les municipalités doivent s’opposer fermement à toute fermeture d’école ;
sur le financement de l’enseignement privé : la concurrence inégale et faussée de l’enseignement privé sous contrat participe à la ghettoïsation et au séparatisme social. L’école publique et laïque est la seule école qui a l’obligation d’accueillir tou·tes les élèves, et doit redevenir la priorité des politiques publiques à toutes les échelles ;
sur le bâti scolaire : les écoles ne répondent plus à l’enjeu du réchauffement climatique, comme l’ont montré les récents épisodes de températures extrêmes. Se pose également la question de la toxicité des matériaux de construction (amiante, radon) et l’accessibilité des élèves en situation de handicap. Une rénovation du bâti scolaire est indispensable, à plus ou moins long terme.

Isabelle Vuillet conclut son intervention en citant les personnels qui ne sont pas des fonctionnaires de l’État, à savoir les Atsem, « une aide très importante pour les enseignant·es du premier degré », qui doivent bénéficier des moyens nécessaires à l’exercice de leurs missions essentielles, et se félicite « que certain·es candidat·es se disent favorables à des repas gratuits pour les plus défavorisé·es ».

Une action sociale et un accès à la culture renforcés


La culture est souvent la première victime des coupes budgétaires dans les collectivités. « Ça fait des mois qu’on dénonce un plan de licenciement massif dans nos secteurs qui ne dit pas son nom » alerte Maxime Seychaud, secrétaire général adjoint de la fédération CGT du spectacle. « Les villes et les intercommunalités ont jusque-là à peu près résisté, mais le risque est grand d’aller vers un effondrement de ce qu’on appelle le service public de la culture. » Les municipalités sont un maillage essentiel pour instaurer des politiques culturelles ambitieuses, de proximité. « Nous demandons aux municipalités qu’elles aient une politique volontariste en matière d’enseignement artistique, d’éducation populaire, de soutien à la création et de soutien aux artistes via des dispositifs soutenant l’emploi direct » conclut Maxime Seychaud. « La culture n’est pas un luxe, elle doit être l’affaire de tou·tes et il est essentiel que nous soyons au cœur des programmes de ces municipales. »

Un accueil de qualité pour la petite enfance et les personnes âgées dépendantes


Les politiques austéritaires successives ont un impact violent sur les personnes les plus fragiles. Turn-over, sous-effectif chronique, perte de sens au travail et conditions de travail difficiles sont les quotidiens des agent·es qui s’occupent des enfants en bas âge et des personnes âgées dépendantes. La CGT défend la suppression de tout financement public aux structures privées lucratives dans ce secteur et le développement des structures publiques (y compris en termes de personnel), l’accès aux places en crèches municipales à tou·tes sans discrimination de revenu et le développement des structures publiques de maintien à domicile.

Une offre de soin de proximité


Un tiers des communes françaises connaît des difficultés d’accès aux soins. « On dénonce souvent une utilisation des urgences hospitalières abusive et inappropriée » décrit Hélène Michaud, de la fédération CGT de la santé. « C’est la conséquence directe de la difficulté – voire de l’impossibilité pour certain·es – d’avoir accès à une médecine de ville. » La solution pour la CGT est le développement de centre municipaux de santé pluriprofessionnels à gestion non lucrative, adossés à l’hôpital public, répartis sur le territoire pour répondre aux besoins locaux. Ils doivent être gérés de façon démocratique, en associant patient·es, professionnel·les de santé et Sécurité sociale, avec un financement intégral par la Sécu pour éviter tout reste à charge et avance de frais. Les hôpitaux publics et l’attraction des métiers paramédicaux doivent également être renforcés.

La défense des libertés syndicales


Les Bourses du travail sont menacées dans nombre de communes. Elles sont pourtant un échelon indispensable du syndicalisme en territoire pour permettre à l’ensemble des salarié·es, retraité·es et privé·es d’emploi d’avoir accès au droit et d’être protégé·es et défendu·es. « Nous demandons aux maires de respecter le droit aux libertés et de conforter et développer les Bourses du travail » défend Nathalie Bazire. « Il nous apparaît urgent, dans ce moment de basculement politique, de laisser la place qui revient à ces outils indispensables à la défense des droits. »

La CGT porte notamment le maintien des locaux syndicaux sur le périmètre des UL ou communes où siègent les unions locales déjà existantes, la création d’une Bourse du travail dans chaque ville de plus de 15 000 habitant·es et la prise en charge de l’entretien et de la rénovation des locaux par la mairie.

Aucune alliance avec l’extrême droite


Plus de 650 listes ont été déposées par l’extrême droite, qui vise à conquérir un nombre incalculable de mairies. « Notre campagne d’interpellation vise aussi à tirer un signal d’alarme » explique Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. « Pour empêcher l’extrême droite d’entrer dans nos villes, il faut répondre aux exigences sociales et environnementales, c’est aussi pour ça qu’on pose ces 10 exigences. » La CGT pose une 11e exigence : le refus de toute alliance avec l’extrême droite, au premier comme au second tour. « L’extrême droite n’est pas une force républicaine » rappelle Sophie Binet, « c’est un danger pour la cohésion du pays, pour les libertés ».

Le bilan de l’extrême droite dans les villes qu’elle contrôle est éloquent :à Hénin-Beaumont, la mairie d’extrême droite à remis en cause les financements de la Ligue des droits de l’homme et du Secours populaire, et sa reprise en main du théâtre municipal s’est traduite par une modification en profondeur de sa programmation pour servir une bataille idéologique réactionnaire ;
à Béziers, 200 postes de fonctionnaires ont été supprimés, ce qui veut dire plus de précarité et moins de services publics ;
à Fréjus, l’extrême droite a fermé le dernier centre social ;
de manière générale, l’extrême droite remet en cause la laïcité, et laisse libre cours à des politiques racistes et réactionnaires.

Pour autant, l’avancée de l’extrême droite n’est pas inexorable : à Perpignan, la mobilisation de la CGT et de nombreuses associations a fait reculer le maire Rassemblement national dans son projet de rebaptiser une rue du nom d’un militant de l’OAS, organisation raciste, anti-républicaine, qui a tenté de faire un coup d’État en 1962.

« La CGT va être cette année extrêmement mobilisée pour empêcher l’extrême droite d’arriver dans nos villes » annonce Sophie Binet, avant de préciser que dans les prochains jours des initiatives unitaires seront dévoilées.